Fenêtres qui laissent passer le froid, chauffage qui s'emballe, DPE catastrophique : longtemps, ces défauts étaient le problème du locataire. La loi a changé la donne. Depuis 2025, un mauvais classement énergétique oblige le propriétaire à agir, et vous donne de vrais leviers pour l'exiger. Voici lesquels, et jusqu'où ils vont.
Le DPE, nouvelle règle du jeu de la location
Depuis longtemps, un logement mal isolé était vécu comme une fatalité par le locataire, qui payait des factures de chauffage salées sans pouvoir contraindre son bailleur. Ce rapport de force a basculé avec la loi Climat et Résilience du 22 août 2021.
La performance énergétique fait désormais partie des critères de décence d'un logement : sous une certaine limite, un bien n'est tout simplement plus considéré comme louable. Le diagnostic de performance énergétique, longtemps simple étiquette informative, est devenu la règle du jeu.
Ce que votre propriétaire ne peut plus refuser
C'est le point que peu de locataires connaissent. Si vous occupez un logement classé G, donc énergétiquement non décent, votre propriétaire est tenu de le remettre aux normes. Et s'il refuse, vous n'êtes pas démuni. Le ministère de la Transition écologique est clair : saisi par le locataire, le juge peut contraindre le bailleur à réaliser les travaux de rénovation, réduire le loyer, voire en suspendre le versement jusqu'à leur achèvement.
Le fait que vous ayez signé le bail en connaissance de cause ne dégage en rien le propriétaire de cette obligation. Ce ne sont donc plus des travaux de confort à négocier, mais une obligation légale.
Le calendrier qui resserre l'étau
L'interdiction de louer les passoires thermiques avance par étapes. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne peut plus être proposé à la location ni voir son bail renouvelé. L'interdiction s'étendra aux logements classés F le 1er janvier 2028, puis aux E le 1er janvier 2034.
En parallèle, les loyers des logements F et G sont gelés depuis 2022 : le propriétaire ne peut plus les augmenter ni les indexer tant que le bien reste une passoire. Autant de pressions qui poussent à rénover.
Une réforme en discussion qui pourrait tout changer
Un point de vigilance, car le sujet bouge vite. Un projet de loi logement porté par le gouvernement Lecornu prévoit de rouvrir la location des passoires thermiques aux propriétaires qui s'engagent dans des travaux, sous trois ans pour une maison, cinq ans pour un appartement en copropriété.
Le Sénat l'a adopté en première lecture le 8 juillet 2026, en élargissant même la mesure aux logements E, F et G. Le texte est désormais examiné par l'Assemblée nationale à la rentrée, le gouvernement espérant un vote avant la fin de l'année, sans majorité garantie.
Rien n'est donc encore acté : tant que la loi n'est pas promulguée, les règles actuelles s'appliquent intégralement. Un logement G reste interdit à la relocation, et vos recours de locataire demeurent entiers.
Quels travaux, et qui les finance ?
Sortir un logement de la catégorie des passoires passe par un bouquet cohérent :
- Isolation des murs, des combles et des planchers ;
- Remplacement d'un chauffage énergivore par une pompe à chaleur ;
- Pose de doubles vitrages ;
- Amélioration de la ventilation.
Ces travaux sont à la charge du propriétaire, mais il n'est pas seul : MaPrimeRénov', les primes CEE, l'éco-prêt à taux zéro et la TVA à 5,5 % réduisent la facture. Attention néanmoins en copropriété, où certains travaux dépendent d'un vote en assemblée générale, un blocage qui peut ouvrir droit à une dérogation au cas par cas.
Ce que vous pouvez faire concrètement
Commencez par vérifier le DPE, obligatoirement annexé à votre bail. Si votre logement est classé G, adressez à votre propriétaire une demande écrite de mise en conformité, par lettre recommandée avec accusé de réception, en détaillant les désordres. Sans réponse, saisissez la commission départementale de conciliation, gratuite, puis le tribunal si nécessaire. Vous pouvez demander à la fois la réalisation des travaux et une baisse de loyer proportionnée.
Pour être guidé sans frais, l'Agence départementale d'information sur le logement, l'Adil, reste votre meilleur point d'appui. Le mauvais DPE de votre logement n'est plus seulement votre problème : c'est devenu votre levier.