Une grosse araignée velue qui traverse le salon à toute vitesse : chaque automne, la scène se répète et fait sursauter. Mais contrairement à l'idée reçue, ce n'est pas le froid qui pousse les tégénaires à entrer. La vraie raison est plus... romantique. Voici pourquoi elles reviennent, par où elles se faufilent, et comment limiter les rencontres sans leur faire de mal.
Le grand retour des tégénaires
Vous ne les aviez pas vues de l'été, et les voilà qui traversent le mur du salon à la tombée du soir. Chaque automne, les tégénaires refont surface dans nos maisons. Ces grandes araignées sombres et velues, aux longues pattes, comptent parmi les plus imposantes de nos régions, jusqu'à une dizaine de centimètres d'envergure. De quoi faire sursauter, alors qu'un Français sur quatre déclare avoir peur des araignées. Rassurez-vous, leur retour a une explication simple, et rien d'inquiétant.
Non, ce n'est pas le froid qui les fait entrer
L'idée que les araignées se réfugieraient chez nous pour fuir le froid est un mythe tenace. La vérité est ailleurs : la fin de l'été est la pleine saison de reproduction des tégénaires. Ce sont les mâles qui quittent leur toile et partent en vadrouille pour trouver une femelle. « Il s'agit d'un Roméo à la recherche de sa Juliette », résume Christine Rollard, aranéologue au Muséum national d'histoire naturelle.
Comme ces araignées sont surtout actives la nuit, on les croise à l'heure de l'apéro, lancées à pleine vitesse. Et malgré l'impression d'invasion, elles ne sont pas plus nombreuses qu'avant, seulement plus visibles : on en voit rarement plus de deux ou trois. Nos maisons, trop chaudes et trop sèches pour elles, ne sont d'ailleurs qu'un lieu de passage, où la tégénaire finit parfois coincée dans la baignoire, incapable d'en remonter les parois glissantes.
Par où elles se faufilent
Ce n'est pas par la porte grande ouverte qu'elles arrivent, mais par les interstices. Un bas de porte mal ajusté, une fissure dans un mur, un joint de fenêtre fatigué, le passage d'une canalisation ou d'un câble, une grille d'aération : quelques millimètres leur suffisent. Beaucoup vivent déjà à l'année dans les recoins peu fréquentés, caves, garages, greniers, et ne font que remonter vers les pièces de vie à la faveur de la saison.
Faut-il vraiment s'en débarrasser ?
Avant de sortir le chausson, un rappel utile : la tégénaire est totalement inoffensive. Elle ne pique pas, n'attaque pas l'homme et reste très craintive, prompte à fuir. Mieux, elle rend service en capturant mouches, moustiques et petits insectes de la maison.
En France, aucune araignée domestique n'est dangereuse, les rares morsures sérieuses restant exceptionnelles. La meilleure option est donc la tolérance, ou une capture en douceur : un verre, une feuille de papier glissée dessous, et vous la relâchez dehors.
Comment limiter les visites, sans leur faire de mal
Si vous préférez les croiser le moins possible, agissez sur les accès plutôt que sur l'animal. Quelques gestes simples réduisent nettement les intrusions :
- Calfeutrer le bas des portes avec un joint ou un boudin, et reboucher les fissures et passages de tuyaux ;
- Vérifier les joints de fenêtres et poser une moustiquaire fine sur les grilles d'aération, sans jamais bloquer la ventilation ;
- Réduire l'éclairage extérieur la nuit, qui attire les insectes dont les araignées se nourrissent ;
- Garder rangés les coins, caves et garages, où elles aiment se tapir.
Quant aux astuces populaires comme les marrons ou les huiles essentielles de menthe et de lavande, leur effet répulsif n'est pas prouvé, n'en attendez pas de miracle.
Le bon réflexe de la fin d'été
La tégénaire est un hôte de passage, pas une envahisseuse, et sa présence signale plutôt un intérieur vivant qu'une menace. Bouchez les interstices si vous voulez moins de rencontres, raccompagnez dehors les promeneuses égarées, et prenez votre mal en patience : leur saison est courte, et l'hiver venu, elles se feront à nouveau discrètes.