hanneton

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La scène se répète chaque année à la même période. Vous profitez de votre balcon à la tombée de la nuit, et soudain un gros insecte bruyant s'écrase contre la vitre, atterrit lourdement sur votre table ou se prend dans vos cheveux. Premier réflexe : la panique. Frelon asiatique ? Guêpe géante ? Scarabée venu d'on ne sait où ? Pas du tout. Il s'agit très probablement d'un hanneton commun, et il n'a strictement aucune intention de vous nuire.

Un coléoptère massif mais totalement inoffensif

Hanneton : la fiche d'identité pour le reconnaître

Le hanneton commun (Melolontha melolontha) est un coléoptère massif, facile à identifier une fois qu'on connaît ses signes distinctifs :

  • Taille : entre 25 et 30 mm, soit l'un des plus gros insectes volants du printemps français ;
  • Couleur : des élytres (ailes rigides) d'un brun-roux brillant très caractéristique ;
  • Tête et thorax : noirs, contrastant nettement avec le reste du corps ;
  • Le détail qui ne trompe pas : de petites taches triangulaires blanches alignées sur les côtés de son abdomen ;
  • Antennes : terminées par des éventails à lamelles (7 chez le mâle, 6 chez la femelle).

Son vol, lui, est tout sauf discret : lourd, bruyant, peu précis. C'est précisément ce qui explique qu'on le confonde si souvent avec un frelon ou une grosse guêpe. Mais contrairement à ces derniers, le hanneton ne possède ni dard ni venin. Il ne pique pas, ne mord pas, et ne s'intéresse pas à votre verre de rosé. S'il se cogne contre vous, c'est uniquement par maladresse.

Bon A Savoir

Le hanneton est en réalité… un scarabée ! Il appartient à la grande famille des Scarabaeidae (les scarabéidés), qui regroupe plus de 240 espèces en France. Quand vous croisez ce gros insecte brun qui vole le soir, vous tenez donc bien un scarabée entre les mains, au sens scientifique du terme.

Pourquoi ne sort-il qu'à la nuit tombée ?

Le hanneton a une activité strictement crépusculaire. La journée, il reste camouflé dans la végétation, accroché aux feuilles d'arbres dont il se nourrit (chêne, hêtre, érable, prunier). Ce n'est qu'au coucher du soleil qu'il prend son envol pour trouver un ou une partenaire. Le problème, c'est que les lampadaires, fenêtres éclairées et balcons illuminés le désorientent complètement. Résultat : il finit régulièrement projeté contre les vitres ou écrasé sur les tables de jardin.

Sa vie aérienne est par ailleurs très courte : environ un mois, entre mai et juin. Le reste de son existence (soit trois à quatre ans) se déroule entièrement sous terre, sous forme de larve appelée "ver blanc".

Larves de hannetons : la menace silencieuse pour vos plantes

Pourquoi ne faut-il surtout pas l'écraser ?

C'est là que ça devient important. Dans les années 1950 à 1970, le hanneton commun a été massivement éradiqué en France à coups de pesticides chimiques, notamment le tristement célèbre DDT. Autrefois si abondant que ses envols pouvaient littéralement obscurcir le ciel, il a frôlé la quasi-disparition.

Aujourd'hui, le hanneton est en pleine phase de reconquête. Et son retour est précieux : il constitue une ressource alimentaire essentielle pour les chauves-souris et certaines chouettes, dont plusieurs espèces sont menacées. Le voir réapparaître sur nos balcons est paradoxalement le signe d'un environnement qui se porte mieux. Écraser un hanneton, c'est priver tout un écosystème nocturne d'un maillon précieux.

Pourquoi en voyez-vous autant cette année ?

Si vous avez l'impression d'en croiser bien plus que d'habitude, ce n'est pas une illusion. Le hanneton commun a un cycle de vie de trois à quatre ans, et tous les trois ou quatre ans environ émerge une génération particulièrement abondante : c'est ce que les spécialistes appellent une "année à hannetons", avec des envols spectaculaires dans certaines régions, notamment dans le quart nord-est de la France.

Que faire s'il s'invite chez vous ?

La solution la plus simple : éteignez la lumière quelques minutes, il repartira de lui-même. Sinon, attrapez-le délicatement avec un verre et un morceau de carton, et relâchez-le dans la végétation la plus proche. Aucun produit, aucun spray, aucune tapette. Dans quelques semaines, ses envols seront terminés. Et vous aurez peut-être, sans le savoir, nourri une chauve-souris du quartier.

Insolite

Jusqu'au XIXᵉ siècle, on consommait régulièrement le hanneton en France et en Allemagne… sous forme de soupe. Réputée fortifiante, elle figurait même dans certains livres de cuisine. À l'heure où les insectes comestibles font leur retour dans nos assiettes, le hanneton pourrait bien être un précurseur oublié.